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Faire pousser une branche dans l’arbre de la civilisation

Faire pousser une branche dans l’arbre de la civilisation
Réunion interacadémique sur Les relations académiques franco-croates au fil du temps Faire pousser une branche dans l’arbre de la civilisation inserm U-1001, Faculté de Médecine, Université R. Descartes, Paris, France et Mediterranean Institute for Life Sciences, 21000 Split, Croatie. À l’occasion de ce rare rencontre entre les membres des Académies nationales Française et croate à Paris

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Faire pousser une branche dans l’arbre de la civilisation

Réunion interacadémique sur Les relations académiques franco-croates au fil du temps

Faire pousser une branche dans l’arbre de la civilisation inserm U-1001, Faculté de Médecine, Université R. Descartes, Paris, France et Mediterranean Institute for Life Sciences, 21000 Split, Croatie 

Miroslav Radman

 

À l’occasion de ce rare rencontre entre les membres des Académies nationales Française et croate à Paris, la tradition est de se complimenter du passé, de se rappeler des grandes femmes et hommes de nos deux pays - les géants sur les épaules de qui nous regardons le futur. Étant biologiste imbibé de la culture de la science de l’évolution, je parlerai brièvement de l’arbre comme paradigme de tout évolution, inclus l’évolution de l’esprit humain - de nos cultures. Le but est de se rappeler que dans l’arbre de la civilisation humaine, même les plus grands pays n’ont pu contribuer qu’une petite branche - importante certes, mais toujours une petite branche sur l’arbre tellement immense qu’il est difficile d’apprécier l’existence de toutes les branches.

L’arbre phylogénétique symbolise l’hiérarchie ‘verticale’, temporelle, celle qui présente la cadence de la construction de l’ensemble des branches et identifie les branches ancestrales, branches profondes allant jusqu’à le tronc et la racine: l’origine commune de tout vivant et, finalement, de tout existant, culture incluse. Apparemment, c’est Charles Darwin qui a dessiné le premier un arbre de la vie - très simple comme dessin - voulant dire à l’époque que tout vie sur terre, avec ces millions d’espèces, a démarré avec une espèce ancestrale et que, aujourd’hui, on partant de n’importe quelle espèce (branche) et on cherchant l’ancêtre, puis l’ancêtre de l’ancêtre, et ainsi de suite, on arrivera à la racine de la vie - le dernier ancêtre commun de toute les espèces passées et actuel- les - une cellule semblable à une bactérie. Et le dernier ancêtre commun de la culture humaine?

Avec l’évolution de la culture humaine, les langues par exemple, dont il y a encore seulement environ cinq mille, le processus évolutif devaît être semblable à celui de l’évolution biologique. Luca Cavalli- Sforza et ses collègues ont donné une démonstration (1). étant donné que les enfants humains héritent de leurs deux parents à la fois les gènes et la langue, Cavalli-Sforza a pu superposer l’arbre phylogénétique des marqueurs génétiques (mutations spécifiques dans l’ADN) et l’arbre des langues d’une partie de l’humanité. comme pour la spéciation biologique, la spéciation des langues, avec tout le contenu culturel qu’elles transmettent, s’est passé grâce à l’isolement - d’abord géographique - qui permet l’accumulation des différences suffisantes pour provoquer la stérilité dans les tentatives reproductives. Les barrières génétiques empêchent les mélanges des gènes des espèces différentes (la définition même des espèces!). Cela s’appel l’isolement reproductif. dans le passé, les barrières géographiques et les barrières linguistiques ont joué le rôle d’isolement reproductif des cultures permettant leur diversification.

Seule la non mixité permet la différentiation par additions successives des mutations (“variabilité verticale”) qui crée la richesse du répertoire de la diversité. Une fois un riche répertoire de la diversité crée, les “transferts horizontaux” - certains mélanges des gènes très limités - permettent la création de la nouveauté par arrangements mosaïques des diverses séquences préexistantes. En biologie, cela s’appelle la “variation horizontale”. trop de variation horizontale, trop des mélanges, pourrait homogénéiser la diversité et cela sonnerait la fin de la variabilité horizontale. Alors, doit-on se soucier d’une globalisation trop intense si elle résulte en une langue et une seule culture? Que se passera-t-il quand cette culture solitaire ne pourra pas résoudre un problème vital?

Une façon de faire face à ce danger imaginaire c’est d’accélérer la création de la diversité nouvelle, c’est à dire de pousser la créativité humaine, innovation, expérimentation, mais peut-être aussi l’indiscipline constructive afin de diminuer l’efficacité de contrôle bureaucratique qui tente à consolider le dogme dominant et le pouvoir central? Là je vois l’occasion pour une collaboration fructueuse entre la culture Française et Croate: tenter les alternatives, combattre l’ennui de la pensé unique, même celle du politiquement correcte; ne jamais laisser un seul système de pensé unique s’installer sans défis. Ça rappel l’esprit de la Renaissance, n’est pas? Défier les dogmes, explorer, expérimenter, poser les questions insolites et inattendues... L’art et la recherche libre sans bût lucratif immédiat, sans objectifs fixés dans les centres de pouvoir solidifié et nécessairement démunie d’imagination. Ce défis concerne même les objectifs politiquement corrects, car les solutions à ces objectifs nobles proviennent notamment de la liberté de pensée et d’action. Le déficit des surprises - des innovations majeures - en Union européenne est bien une des conséquences du dirigisme d’en haut, mais aussi du manque du courage intellectuel à la base. C’est dans ce domaine que je vois une collaboration des cultures artistiques et scientifiques de nos deux pays capable de donner des résultats surprenants.

Regardons rapidement vers le passé, vers les branches plus anciennes et moins nombreuses de l’arbre de la culture. Les figures de prou aujourd’hui étaient souvent les enfants terribles de leur temps. Dr. Alois Semmelweis a été poussé dans l’asile psychiatrique par l’élite médicale de la fin du19ème siècle pour avoir insisté, avec arguments évidents, que le personnel hospitalier devait se laver les mains avant les accouchements. Le commentaire d’un célèbre médecin Américain était: les médecins sont les gentlemen et les gentlemen ont les mains propres. Les géants qui ont changé nos vies, comme les curies et tesla, étaient des combattants face à l’establishment souvent cruel. Ils ont eu à la fois la compétence et le courage, ce qui n’est pas en vogue aujourd’hui quand la société honore les gestionnaires plus que les créateurs. c’est la peur de changement qui est en vogue: gérer, contrôler, rassurer. Rassurer qui contre qui? Mais, il n’y a pas d’évolution sans mutations, et pas seulement les mutations des gadgets commerciales.

La question qui s’impose est: sommes nous satisfaits de notre contribution à la croissance actuelle de la branche de l’arbre de la culture universelle qui est la nôtre? Si nous tenons à nos traditions, branches anciennes, et les voulons vivantes, la seule façon est de regarder dans le futur et créer la prospérité en innovant à travers les incertitudes et les surprises. C’est la prospérité actuelle qui maintient le passé en vie.

J’ai l’impression qu’en Europe la Renaissance est toujours vivante comme tradition mais que les monuments de anciens maya présentent une culture éteinte, les fossiles culturels. or, si les maya avait survécu ses prédateurs humains et aujourd’hui prospéraient avec les laboratoires des recherche comme ceux de l’ETH à Zurich, ou comme les Universités de Oxford, Cambridge, Harvard, etc. la culture d’anciens Maya serait probablement vivante et comprise dans la continuité culturelle. En effet, c’est encore comme chez un arbre: seul le jeune feuillage au bout des branches peut produire (par photosynthèse) suffisamment de sucre pour maintenir en vie aussi les anciennes branches démunies de feuillage. on pense que le passé nourrit le présent, mais ceci est vrais seulement si le présent nourri le passé par sa prospérité culturelle.

Que pouvons nous faire? Personnellement, j’ai donné dix ans de ma vie à créer un espace de liberté d’exploration scientifique et artistique au bord de la mer Adriatique: L’institut méditerranéen de la Recherche de la Vie (MedILS - pour Mediterranean Institute for Life Sciences) (2). sauf le cadeau du bâtiment de la part du gouvernement croate en 2003/4, c’est la France (Université Paris 5 et Inserm) avec ses chercheurs qui a contribué le plus à l’aventure MediLs. Comme on pouvait pré- voir, l’UE n’a jamais montré intérêt pour un institut libre qui n’appartient à aucun establishment national ou international. Dans un article dans Le monde intitulé “Pariez sur les chercheurs comme sur les chevaux”, j’ai plaidé pour faire revivre en France le mécénat comme seule forme efficace du financement des véritables innovations scientifiques (3). car, si l’on veut stériliser une activité humaine, la méthode sure est de créer les commissions, et c’est ainsi que fonctionnent les fonds de recherche étatiques et européens.

Je reviens à la biologie. La robustesse de la vie sur terre qui dure déjà 4 milliards d’années est résultat de deux sortes de la robustesse: (a) résilience individuelle biologique (et culturelle pour l’homme) suffisante pour mettre au monde la descendance et pour l’équiper à survivre, et (b) la résilience des espèces par la création de la diversité des espèces et variabilité interindividuelle afin qu’il y ait toujours des va- riantes aptes à survivre dans l’adversité imprévisible que porte le futur incertain. Alors, la robustesse de la culture n’es pas - plus encore que la tolérance - la joie de la différence à la fois compatible, coopérative et symbiotique, donc - la générosité, au moins celle de l’esprit. Je ne sais pas qui je cite en répétant que la violence n’est pas résultat de la pauvreté mais du manque de culture.

Une vision me réjouie: que la Croatie, ma patrie de naissance, et la France, ma patrie de choix, se trouvent avec leurs talents et cultures hautement compatibles, comme les coéquipiers futurs dans la création du progrès.

References

1. L. Luca Cavalli-Sforza (1997), Genes, peoples, and languages, Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 94: 7719-7724. 


2. P. Follette (2004), Profile: Miroslav Radman; Bringing biology back to Croa- tia, science, 304: 1103-1104. 


3. M. Radman, Pariez sur les chercheurs comme sur les chevaux, Le Monde, 18 aout 2012. 


 

 

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Miroslav Radman - biologie moléculaire et de génétique Scientist - Site Officiel